mardi 19 novembre 2013

Pourquoi j'écris



Pour commencer, je balance, c’est Cédric qui m’a donné l’idée. (On trouve son blog ici, vous verrez, c’est un vrai écrivain, publié et tout.)

Depuis que j’ai découvert son blog, chaque fois que je lis un billet je hoche la tête, j’approuve, j’acquiesce, bref, j’ai (presque) toujours l’impression de ressentir exactement la même chose que lui, sauf qui lui, bah, il l’écrit très bien.

Et puis bon, lautre matin, j’ai lu deux billets où il expliquait pourquoi il écrit, ce que l’écriture représente pour lui, etc. Et là, je n’avais plus l’impression qu’il était dans ma tête, à prendre mes idées pour les décrire avec talent. (Allez voir, c’est super bien raconté.)

Et ça m’a fait réfléchir, de manière un peu approfondie, à mes propres raisons d’écrire. D’où le titre ébouriffant d’originalité de ce billet.


Écrire, pour moi, c’est aussi naturel que penser, parfois plus. C’est-à-dire que j’écris tout le temps. Dans ma tête. Je me raconte des histoires, si on veut, mais des histoires qui ont une queue et une tête, et que je transcris sur papier ou disque dur lorsqu’elles sont mûres. J’ai toujours plusieurs textes en cours (comme pour les livres que je lis, je ne fais pas exprès) : roman, nouvelles, billets de blog… 


Écrire, c’est ma récréation, mon évasion, mon espace de liberté. J’écris pendant que j’attends le Petit à la sortie du collège, quand je fais la queue au tabac ou à la boulangerie, quand je conduis, quand un fâcheux me tient la jambe en me racontant sa vie dont je me fiche éperdument, sous la douche, en préparant la cuisine, pendant les pubs au cinéma… j’arrête, vous avez saisi le principe je pense.


C’est aussi une sorte de planche de survie. Au soir de certaines journées où la vie s’est montrée bien garce, je peux m’endormir en inventant une histoire pour des personnages qui verront le jour dans une prochaine nouvelle. Et les matins où le réveil sonne à 5 h, avoir ce projet dans la tête me pousse hors du lit, dans l’espoir d’avoir le temps, avant de partir au bureau, d’écrire une page ou deux. Je ne dirais pas que c’est ma raison d’être, non, mais l’écriture est pour moi une motivation puissante, aussi précieuse et vitale que mes pensées. Écrire fait partie de moi.

J’ai la chance (une chance qui n’a rien à voir avec le hasard, hein, j’ai quand même fait exprès) de faire un métier où j’écris 90 % du temps. Donc pour le travail, j’écris en respectant des consignes, des guides de style, des contraintes avec lesquelles je suis plus ou moins d’accord mais le client est roi. Alors quand j’écris pour moi, c’est Noël, j’abolis le point-virgule, je fusille les « ne » explétifs, je fais des phrases de 5 lignes, je saupoudre des virgules où je veux, je me fais plaisir.


Est-ce que j’ai envie d’être publiée ? Ben oui ! J’en rêve, j’en meurs d’envie. Mais, je crois, pas au point de cadrer mon écriture dans un guide contraignant. Si ce que j’aime écrire n’est jamais jugé « publiable » par les éditeurs qui doivent tenir compte d’un marché, tant pis. Je ne dis pas que je ne serais pas déçue, mais vraiment, tant pis. Je continuerai d’écrire ce qui me plaît, des billets de blog que mes copains lisent et je pense que ça me suffira.

vendredi 15 novembre 2013

Anatomie parisienne


Ai-je déjà mentionné que j'aimais Paris ? Peut-être ici, oui.

Cette semaine, j'ai pris mes quartiers pour plusieurs jours sur les bords de la capitale. Il serait exagéré de dire que tout m'émerveille. Mais tout, absolument tout, m'attire, me surprend, me bouleverse (je suis une grande sensible) ou m'envoûte.

Les milliers de marches d'escaliers à monter, descendre, remonter, redescendre (et je suis nulle en orientation) à côté d'escalators en panne ou simplement arrêtés, histoire de se conformer au PNNS (manger-bouger-bla-bla-bla). Pour bouger, je bouge. Une partie du temps chargée de mon sac de voyage (penser à acheter une valise à roulette, urgence !) qui pèse une blinde (la blinde étant, comme chacun sait, une division de l'âne mort). Le deuxième soir, chacun de mes muscles hurle à la maltraitance ! Lors de mes précédentes visites, je posais un regard sardonique (j'avoue) sur les femmes portant des baskets quelle que soit leur tenue. Aujourd'hui, chaque pas sur mes élégants talons me plonge dans un rêve fou où, telle l'actrice d'une publicité de parfum, je me libérerais de mes chaussures pour avancer pieds nus, d'un pas sûr et néanmoins dansant... Mais bon, je ne suis pas sur les Champs-Élysées, la saison ne s'y prête guère et je ne vois pas de caméras. Cela dit, je vendrais mon royaume pour une paire de baskets, même rose fluo.

Je me suis – encore – égarée. Je voulais raconter que j'ai marché, marché, marché, des kilomètres. Et fait des détours innombrables, accidentels ou volontaires, pour prendre des photos, regarder couler l'eau brune de la Seine, à laquelle le soleil accrochait des millions de diamants.
J'ai contemplé, ébahie, les tours de la Défense, aussi écrasées un jour par le ciel bleu qu'elles étaient étirées, la veille, par la brume qui rongeait leurs derniers étages.
J'ai savouré l'odeur chaude des embouteillages, le parfum enivrant du métro.
Le métro... mon chez-moi parisien. Même quand il est tellement bondé qu'on ne peut prendre qu'une respiration sur deux. Je me suis amusée d'une femme qui avait réussi à replier un bras pour presser son écharpe sur son nez et sa bouche. Je me demande qui elle protégeait ainsi, de quelle odeur. Et lorsque des gens descendaient sur le quai, je me suis retenue de dire au-revoir à ceux entre les bras de qui j'avais voyagé. J'ai découvert, de tous mes sens, que dans la foule, l'indifférence, l'ignorance de l'autre, est le seul moyen de supporter trois, quatre, voire cinq personnes incrustées dans notre espace vital.
J'ai vu aussi une très jeune femme rester assise, j'en avait honte pour elle, alors qu'un monsieur à l'autre bout de la vie peinait à se tenir debout à côté d'elle. Et même quand la rame s'est un peu remplie, elle s'est levée en restant collée au strapontin, sans paraître avoir l'idée de l'offrir au vieillard, puisqu'elle le dédaignait... Les gens sont bizarres, parfois.

J'ai adoré ces journées de sport intensif, suivies de soirées enivrantes au sens propre. J'explique : dans les restaurants du fond de ma campagne, lorsqu'on commande une bouteille de vin qu'on n'est pas sûr de terminer, on se voit tout naturellement proposer de l'emporter. Mais quand j'ai demandé à la serveuse d'un établissement si c'était possible, elle m'a regardé avec de grands yeux, j'ai cru avoir encore de la paille sous mes sabots, puis, après avoir fait remonter ma demande incongrue à sa hiérarchie, m'a répondu que c'était interdit. Nous n'allions tout de même pas leur laisser cet excellent Gaillac, tout le monde est d'accord ? L'avantage, c'est qu'après, je n'avais plus du tout peur de rentrer à Courbevoie par les transports en commun. Tous comptes faits (je n'adore pas cette expression, mais là, je la trouve appropriée), merci Mademoiselle de m'avoir fait économiser le taxi !

Si je devais résumer ce séjour à un seul mot, je crois que ce serait « régal ». Paris glacée, mouillée, illuminée, fumante, Paris affolante et étonnante, à chaque fois que je viens, j'ai dans la tête ces quelques mots d'une chanson de mon adolescence : « Paris, ville de mes rêves... » Voilà, je viens de passer quatre jours au pays de mes rêves. C'était trop bien !

Et même ma voiture doit aimer Paris, puisqu'elle refuse de démarrer pour rentrer chez nous...

mardi 29 octobre 2013

Concours de nouvelles


Bien bien bien, ma déception initiale s'évapore doucement : ma nouvelle n'a pas été retenue pour le fameux concours.

MAIS, les Manuscrits d'Oroboros m'ont envoyé un mail très gentil pour me dire que "la qualité de [mon] écriture n'est pas passée inaperçue", juré, j'invente rien. Et au cas où je n'aurais pas un indécrottable optimisme chevillé au corps, ils précisent "Sachez que ce n'est pas un mail groupé (...) nous espérons pouvoir vous relire prochainement." En me proposant de participer à un autre concours (ici).

Comme, à l'instar de Lord Byron (vous en faites pas pour mon manque de modestie, je l'assume assez bien), je ne peux pas ne pas écrire, hop, c'est reparti, je participe à ce nouveau concours.

Vous raconterai.

mardi 22 octobre 2013

Incrustations



Le réveille sonne. Elle l’éteint sans ouvrir les yeux, reprend conscience de la réalité, peu à peu. Machinalement, elle se lève, descend l’escalier toujours les yeux fermés, accrochée à la rampe. La nuit pèse sur ses épaules, sa nuque. Elle atteint enfin la cuisine où l’accueille le doux parfum du café à peine passé. Un sourire de plaisir éclaire son visage.

Une chambre d’hôtel enchâssée dans la nuit. Il se lève, lui prépare une tasse de café instantané, vêtu de sa seule beauté, tranquille.

Elle place son bol vide dans le panier du lave-vaisselle, en sort deux autres, avec le paquet de céréales, le beurre, le pain de la veille, trois yaourts. Elle remonte, réveille les enfants, redescend, allume le radiateur de la salle de bains. Les petits arrivent, clignant des yeux, s’assoient autour de la table. Elle les sert, puis s’ouvre un yaourt.

– Tu as faim ?
– Ouiii !
– On peut aller prendre un petit déjeuner dans la salle, si tu veux.
– Non, ne t’habille pas. Donne-moi juste un biscuit.
Il se glisse à nouveau contre sa peau, lui dérobant la chaleur du sommeil qui se dissout doucement dans le matin.

– Bonjour Chérie.
– Bonjour. Bien dormi ?
– Très bien ! Il reste du café ?

– Je me rendormirais bien, là, la tête sur ton épaule… tu me garderais ?
– Oui.
– Menteur !
– Oui.

Un coup d’œil à la pendule, elle sort des vêtements pour les enfants, prépare les siens, s’enferme dans la salle de bains.
– Mais pourquoi tu fermes ?
Pour avoir la paix. Pour que mes rêves ne s’effilochent pas trop vite. Pour que vous ne voyiez pas combien je suis loin. Elle ne répond pas, ouvre le robinet de la douche.
L’eau est brûlante.

– Tu prends une douche avec moi ?
– Peut-être. Tu l’aimes comment, la chaleur de l’eau ?
– Très très chaude.
– J’en suis !

L’eau coule, l’enveloppe, détend ses épaules crispées. Il suffit de fermer les yeux pour s’échapper. La cabine de douche est un ascenseur spatio-temporel. Nue, elle entre dans l’autre réalité.

Le glamour haletant de toilettes anonymes, une station d’autoroute. Leurs boucles de ceinture qui s’entrechoquent, l’urgence à peine démentie par le temps de rire ensemble. La tête, les poignets, les coudes qui heurtent la faïence javellisée. Ses bras forts qui la serrent, le murmure de sa bouche à lui, contre son oreille à elle, qui couvre la cascade des chasses d’eau, transforme le son des robinets et des sèche-mains en une symphonie scintillante.

Elle se sèche, se maquille devant le miroir. 

Il est là, posté devant la porte ouverte.
– Tu es belle.

Elle s’habille, se coiffe, se parfume, sort, laisse la place au suivant. Elle supervise l’habillage des enfants, les débarbouille d’un coup de gant de toilette, aide le plus jeune à se brosser les dents, surveille l’heure.

– Quelle heure est-il ?
– Presque neuf heures. Tu dois partir ?
– Non, tant pis, je m’en irai cet après-midi.
Lui n’est pas encore habillé. Elle s’assoit posément, en tailleur au milieu du lit, pour le regarder.
– Tu te rinces l’œil ?
– Oui. Comment trouves-tu ma robe ?
– Hideuse, elle ne te va pas du tout. Enlève-la tout de suite !
Elle rit contre sa bouche.

– Tu peux déposer les enfants ? J’ai une réunion ce matin.
– OK. Bonne journée, à ce soir.
Chœur :
– Au revoir Papa !
– Allez, mes loulous, on se presse un peu, prenez vos cartables.

Son regard, sa peau moite, son rire, sa voix, encore, en boucle.

Elle s’arrête à la boulangerie.
– Une baguette, s’il vous plaît. Et un Saint-Genix.
Plus tard, dans la voiture, elle lèche ses doigts poissés de praline. Selon les endroits, le volant colle ou glisse. Un feu rouge, elle saisit prestement une lingette pour réparer les dégâts. Dans son sac, le téléphone sonne. Et si… non. Il n’appelle jamais. Mais si, pour une fois… Tant pis, elle le rappellera. Le feu passe au vert. Elle arrive au bureau, se gare sagement en marche arrière, se jette sur son portable dès le contact coupé. Écoute avidement la messagerie :
– C’est moi, j’ai oublié de te dire que je vais finir tard ce soir. Tu peux prendre du pain en passant ?
Oui, elle a pris du pain. Elle commence une nouvelle journée. Encore du café. Des clients. Des devis. Des appels. Jamais lui. Déjeuner à la cantine de l’entreprise.
– Ça va ? Tu as l’air ailleurs…
– Pardon, j’ai mal dormi.

Son visage, si proche qu’elle ne peut pas le voir entièrement, le parfum enivrant de sa peau, sa douceur, la tendresse de ses mots. La marque de sa paume à lui, incrustée sur sa hanche à elle. Elle croyait que ça s’effacerait vite, mais non. Au contraire.

Les feuilles d’automne reviennent, pour la troisième fois, tisser une passerelle au cœur de sa schizophrénie. Par instants, la Vérité la gifle, comme par surprise. Voilà deux ans qu’il n’appelle plus. Il s’est marié d’ailleurs. Ne t’accroche pas. Cette histoire ne survit que dans ta mémoire. Oublie. Tourne la page.

Il se pose près d’elle, passe son bras chaud autour de sa taille. Elle glisse son genou entre ses jambes à lui. Tout est tellement évident. Elle décide de rester là, fait le choix de cette réalité, puisqu’elle a la chance de pouvoir choisir. Elle demeure dans le monde qu’elle peut façonner à volonté. Dans l’autre, l’hiver approchait. Pas de regrets.

jeudi 10 octobre 2013

Appel public à la compassion



Je vous ai prévenus, ce blog a failli s’appeler « 3615 MyLife ». Donc si vous n’êtes pas sur des charbons ardents à l’idée de savoir ce qui m’arrive aujourd’hui, si mon triste sort vous est indifférent, vous pouvez fermer cette page, je ne me vexerai pas.

Mais sinon, il faut que je vous dise : j’ai participé cet été à un concours de nouvelles, organisé par les Manuscrits d’Oroboros (règlement ici, compte Twitter là), aidée de mon complice habituel, Jean-Philippe, qui m’a apporté ses talents de relecteur-correcteur, comme toujours agréablement enveloppés de bienveillance et de courtoisie, que si jamais vous avez un écrit à faire relire, faites appel à lui les yeux fermés, pardon je m’égare.

Donc pour participer à ce fameux concours, il fallait écrire et envoyer une nouvelle avant le 31 juillet. (Je passe sur le délai qui a été repoussé d’un mois, après que j’ai rendu ma copie, prolongeant d’autant mon impatience de connaître le sort qui serait réservé à mon texte. Ah non, je ne passe pas finalement.)

Qu’est-ce qu’on gagne, me demanderez-vous ? Cinq nouvelles sélectionnées seront publiées dans un recueil. (Je ne sais pas faire, mais imaginez que le terme « publiées » clignote au rythme de « Jingle Bells », dans un chatoiement éblouissant.)

Depuis le 1er août, je me ronge consciencieusement les ongles en attendant le verdict. Très honnêtement, je n’avais pas grand espoir que ma nouvelle soit retenue, le thème s’éloignant trop, à mon avis, de la ligne éditoriale des organisateurs.

Mais quand même, je ne pouvais pas m’empêcher d’espérer, ça doit être mon naturel optimiste.

Voilà, après ce long prologue, je vous livre ma souffrance brute : j’ai appris hier deux choses essentielles à propos de ce concours. La première, c’est que seulement 15 nouvelles ont été envoyées. Comme me l’ont fait remarquer les organisateurs, 15, pour un premier concours, c’est très bien, voire inespéré. OK. Mais de mon point de vue, ça veut surtout dire qu’il y aura 30 % de gagnants ! C’est-à-dire que d’un coup, je suis passée de « oui, bof, il y a très peu de chances que mon texte soit choisi » à « Wouaouh ! J’ai une chance sur trois d’être publiée ! » La deuxième chose, et c’est là que le bât me blesse, c’est qu’ils ont déjà fait leur choix. Mais qu’ils ne l’annonceront que le week-end du 26-27 octobre (pour des raisons qui, bien qu’objectivement louables, ne me font ni chaud ni froid). 

Je voudrais donc m’adresser ici aux Manuscrits d’Oroboros.


En décidant d’annoncer que la sélection est faite mais qu’elle ne sera rendue publique que dans 16 jours, vous avez sans aucun doute pensé à la joie incommensurable des 5 gagnants qui, après avoir traversé les affres de l’incertitude pendant si longtemps (si, si, c’est très long), vont enfin être récompensés par la Gloire (ni plus ni moins) et vous en remercieront encore lorsqu’ils siègeront à l’Académie.
Mais les autres, les dix (10) malheureux qui auront espéré, rêvé, cru, attendu, en vain ? Qui auront alterné rêves de reconnaissance avec angoisse de rester à tout jamais dans l’ombre de l’édition, pour rien ? Y avez-vous pensé ? Les pauvres (dont je suis peut-être, ne l’oublions pas…) qui ne verront pas apparaître leur nom dans votre formidable vidéo, qui n’auront plus qu’à s’en retourner à leur clavier en quête d’une nouvelle motivation pour écrire, ceux-là, que vont-ils devenir ? Avez-vous prévu une cellule psychologique pour les aider à surmonter la perte de leurs illusions ?
J’en appelle à votre compassion, entretenir comme ça l’espoir chez des auteurs dont vous savez déjà qu’ils ne seront pas publiés cette fois, ce n’est pas humain !


Voilà ce que je voulais dire aujourd’hui. Chers lecteurs, n’hésitez pas à plaider ma cause (ou la nôtre si vous êtes aussi en train de manger vos doigts) dans les commentaires !

mardi 8 octobre 2013

Les fantômes ne téléphonent pas


Une récente conversation téléphonique m'a fait penser à ça : ben non, voyons, les fantômes n'utilisent pas le téléphone. Ou rarement. Enfin, moi, j'ai jamais vu ça.

Surtout, je pense, parce que les fantômes qui vous aiment évitent absolument de vous faire flipper. Ce serait idiot.

En revanche, ils ne se privent pas de vous faire des clins d'oeil. Que vous seul saurez reconnaître.

Par exemple, ils excellent dans la peinture des levers de soleil, d'où croyez-vous que viennent ces couleurs extraordinaires ? Et dans la disposition des nuages, quand il pleut, pour laisser filtrer ces rayons gris-bleu mouillés, si bien assortis à votre chagrin, et à la lumière qu'ils restent pour vous.

Ils savent aussi faire réapparaître une musique qu'ils aimaient sur un support amovible effacé. Fastoche et efficace.

Et faire jouer, l'un après l'autre, tous les morceaux qui ont un sens pour vous, lorsque vous lancez une lecture aléatoire de votre bibliothèque musicale.

Ou encore cacher une barre de chocolat dans un cartons de livres. Qui d'autre ? (Bien sûr, pas n'importe quel chocolat, pas à n'importe quel moment, tout est bien orchestré, vous ne pouvez pas douter.)

Et ils sont capables de faire pousser des fleurs là où personne n'en avait semé. Si si.

Et quand vous vous asseyez sur une marche, triste, ils viennent s'asseoir à côté de vous, et passent le bras autour de vos épaules, pas tant pour vous consoler que pour être là, avec vous. Si vous faites bien attention, vous pouvez sentir la chaleur de leur cuisse contre la vôtre. Même dehors. Même en hiver. Même s'il fait -20°.

Ils éclairent vos rêves d'un sourire, d'un mot tendre, vous communiquent un peu de leur sérénité.

Il suffit de rester ouvert. Mais quand même, je ne crois pas qu'ils téléphonent.

samedi 5 octobre 2013

15 août - Tranche de vie (4)




Juste à côté de mon bureau, j’ai déjà raconté ici, il y a un espace, une sorte de courte impasse, à peine la taille d’un camion. Quand personne n’y est garé, c’est la photo ci-dessus : un genre de bout de terrain vague, avec un vieux transat en plastique.
Le 15 août dernier, un jeudi, je travaillais (pour changer). Je suis arrivée tôt, toute la zone industrielle était endormie pour ce long week-end, je la traversai triomphalement, comme si l’espace entier m’appartenait, vous connaissez mon côté mégalo. Mais en entrant sur le parking de mon bureau, bim, un camion portugais garé. Je grinçai des dents, faut pas empiéter sur mon espace vital de si bon matin, je me sentais un peu envahie, parce que je ne m’y attendais pas. Forcément, je relativisai rapidement, le camion était en dehors de mon parking, et son occupant n’allait évidemment pas venir me casser les pieds jusqu’au premier étage. En plus, le jour se levait à peine, le rideau de la cabine était tiré, j’étais tout de même obligée de reconnaître que ce voisin n’avait rien de gênant.
Je m’installai donc à mon poste et me mis au travail. Très vite, le soleil tapant fort et mon thermomètre indiquant 26°, j’ouvris une fenêtre, celle qui donnait directement sur le camion. Une grosse journée m’attendait, je la rythmais de pauses régulières, me félicitant intérieurement de ma progression, histoire de me motiver.
Vers le milieu de la matinée, j’entendis du bruit dehors, puis, assez vite, des éclats de voix. N’écoutant que mon courage, je jetai un œil, prête à redescendre fermer la porte à clé au cas où. En fait, l’occupant du camion n’était pas seul, il y avait une femme avec lui. Mon imagination débordante commençait déjà à échafauder toutes sortes d’hypothèses plus saugrenues les unes que les autres sur les raisons qui pouvaient amener un camionneur portugais à venir s’engueuler avec une femme au cœur de la campagne française, par un 15 août brûlant. Mais j’étais bien certaine que puisqu’ils étaient réveillés, ils allaient reprendre la route bientôt.
Que nenni ! Un peu avant midi, nouveau coup d’œil, ils étaient toujours là, avaient allumé un réchaud, et été rejoints par un petit garçon d’environ 5 ans. Je froissai et jetai à la corbeille mes premières suppositions pour recommencer à inventer, à partir de cette nouvelle donnée. L’homme avait fait miroiter à sa famille un week-end prolongé en France, et son épouse était déçue de se retrouver ici, à camper dans une zone industrielle déserte…
Notre après-midi s’est passée comme ça, la chaleur épaisse déchirée par des disputes régulières, des rires d’enfant, et moi qui passais en boucle l’Ave Maria No Morro de Scorpions, parce que j’adore ce morceau, qu’il me paraissait de circonstance, pour célébrer à distance la double fête de Marie-Marie, et dans le vague espoir que cette chanson brésilienne apaiserait les esprits de cette étonnante famille…
Et le lendemain matin, ils étaient partis, laissant le vieux transat derrière eux, pour une prochaine fois, le prochain camionneur en repos loin de chez lui… Ils me léguaient aussi, sans s’en douter sûrement, des dizaines de scénarios possibles, une distraction qui me ravit chaque fois que j’y repense.