mardi 9 septembre 2014

Le vieux qui méritait des claques



Angèle, la boulangère, le regardait passer de l’autre côté de la vitrine. Il avançait tout voûté, à petits pas, le regard fixé sur le trottoir devant ses espadrilles pour ne pas trébucher. Depuis sa maladie, il ne supportait plus les chaussures de ville. Pour jardiner, ou plutôt, invectiver le paysagiste qui avait accepté de s’occuper de son jardin, il portait des bottes. Et ses espadrilles lorsqu’il s’aventurait dans le village pour acheter du tabac en cachette. Sa femme lui répétait sur tous les tons qu’il devait arrêter de fumer, que c’était mauvais pour sa santé, qu’il finirait par en mourir. Il lui fallait la harceler plusieurs jours de suite pour qu’elle daigne enfin racheter un paquet et le Vieux s’agaçait de ne jamais réussir à faire de réserves. Alors de temps en temps, la moutarde lui montait au nez et il s’échappait pendant qu’elle faisait la vaisselle, pour aller boire un canon de rouge et faire quelques provisions de tabac au Café de la Mairie. Il esquissait alors parfois un rictus sans joie : que pouvait-il bien lui arriver de pire que d’être vieux et de voir sa vie se défaire comme un tricot dans lequel les mites se sont installées pendant l’été ?
Il serrait sa canne dans sa main noueuse, négociant chaque mètre, un pli amer sur les lèvres. Du plus loin qu’elle se souvînt, Angèle avait toujours vu cette amertume sur le visage du Vieux. Elle se revoyait tout enfant, observant à travers les rangs de brioches son air sévère et autoritaire. Même lorsqu’il souriait, il n’avait pas l’air gentil. Lorsqu’il l’apercevait, il lui faisait invariablement la leçon sur la nécessité de bien travailler à l’école pour avoir un bon métier et vivre sa vie selon ses plans. Les plans de vie. C’était son truc, ça au Vieux. Dans son esprit, mais aussi, hélas pour les malheureux qui se laissaient piéger dans ce qu’ils croyaient être une conversation et qui s’avérait plutôt une sorte d’auto-propagande, un homme – ou une femme d’ailleurs – doit élaborer un programme précis pour toute sa vie, puis le suivre à la lettre. Le Vieux était convaincu, il savait, que sans cette précaution, aucune vie ne pouvait être réussie.
Angèle n’aimait pas le Vieux, mais elle s’était habituée à lui, comme à tous ses clients qui continuaient de venir acheter leur baguette chez elle, même après qu’un supermarché se fut ouvert à quelques kilomètres du village.
Au fil des années, depuis que, jeune fille, elle aidait ses parents les week-ends et pendant les vacances, puis lorsqu’elle avait remplacé sa mère à la caisse et, plus tard, lorsqu’elle avait entièrement repris l’activité avec son mari, Angèle avait vu le Vieux et sa femme régulièrement. Elle, elle n’était pas désagréable, simplement fatigante à force de regarder son Vieux comme si des perles sortaient de sa bouche dès qu’il l’ouvrait. Mais lui, quelle plaie ! Quelle pédanterie ! Tellement focalisé sur son nombril qu’une fois arrivé à la caisse, il lui fallait absolument raconter sa vie et ses malheurs par le menu, et peu lui importait que la file d’attente s’étende le long du trottoir jusqu’à la pharmacie ! Comme s’il était inimaginable, dans son petit cerveau étriqué, qu’une personne ordinaire n’ait pas envie de boire ses paroles ! Et sa femme qui souriait fièrement en hochant la tête à côté de lui… Angèle n’en revenait toujours pas d’une telle impolitesse. En y repensant, elle sentait son décolleté s’empourprer de vieille colère inexprimée.
Et pourtant, il n’avait pas un fond méchant, au contraire. En été il lui apportait souvent un panier de légumes de son potager. Lorsqu’un des enfants était malade, il ne manquait jamais de demander de ses nouvelles jusqu’au rétablissement du petit. Et bien souvent, passant en voiture devant l’école alors qu’il pleuvait des cordes, il s’arrêtait pour la raccompagner chez elle et lui éviter de se faire tremper sur le chemin du retour. Non, il n’était pas méchant, juste imbu de ce qu’il prenait pour la Vérité.
Il ne supportait pas d’être contredit. Sans être particulièrement intelligent, il avait de grandes connaissances sur d’innombrables sujets, acquises tout au long de sa carrière d’ingénieur civil. Ces mêmes connaissances qu’il s’évertuait à ressasser et à transmettre contre le gré de ses infortunés interlocuteurs. Il arrivait quelquefois qu’il se trompe, et Angèle éprouvait un frisson de plaisir secret à entendre un autre érudit lui expliquer son erreur. Mais le Vieux n’admettait pas qu’on lui démontre ses torts, et la conversation tournait court rapidement. Tel un gamin ombrageux, il grommelait quelques mots d’adieu et quittait la place en boudant. Angèle bénissait les quelques personnes capables d’obtenir ce résultat et leur offrait un petit pain spécial « pour goûter », un chocolat de Pâques « vous m’en direz des nouvelles » ou une poignée de confiseries « pour les enfants ».
En contemplant le dos courbé du Vieux qui s’éloignait doucement sur le trottoir, Angèle se demanda si en fin de compte, planifier sa vie n’était pas ce qui l’avait empêché d’être heureux, souriant, chaleureux, en lien avec les autres.
Il ne faisait aucun doute que le Vieux était malheureux depuis que la maladie l’avait tellement diminué, physiquement. Angèle avait entendu une voisine raconter qu’il était tellement hors de lui après que le docteur lui avait interdit de se rendre au grenier par le petit escalier branlant, qu’il s’était mis en tête de monter sur le toit, par une échelle d’aluminium, bien décidé à réparer un vasistas qui n’en avait d’ailleurs nul besoin. Le médecin connaissait son métier et ce n’était pas pour brimer le Vieux qu’il avait fait cette interdiction. C’était pour éviter ce qui, bien sûr, s’était produit : le Vieux avait perdu l’équilibre au milieu de l’échelle et sa chute lui avait brisé la jambe.
Pendant plusieurs mois, sa femme était venue seule acheter son pain. Elle ne se plaignait pas, mais son épuisement ne pouvait échapper à personne. Angèle imaginait sans peine l’esclavage qu’elle devait endurer, avec un mari cloué au lit, incapable de faire sa toilette seul et, de surcroît, aigri par l’immobilité. Elle n’éprouvait pas une sympathie débordante pour cette épouse qui béait d’admiration devant son tyran, mais en la voyant tellement usée, Angèle avait envie d’aller trouver le Vieux et de lui coller une bonne paire de claques, pour sa bêtise, son inconséquence, son incapacité à réfléchir aux conséquences que son coup de tête imbécile imposait à son entourage. Chaque fois qu’elle pensait à lui, la colère la submergeait.
***
Or le Vieux n’avait pas toujours été vieux. Il n’était pas né avec ce pli amer sur les lèvres et ce visage sévère. Il avait été un petit garçon joyeux, heureux d’aller à l’école et de pêcher dans la rivière. Et puis il y avait eu la guerre. Son père avait été tué au tout début, mais sa famille ne l’avait su avec certitude que dans les derniers mois du conflit. Pendant cinq années cruelles, sa mère et lui avaient espéré qu’il était prisonnier et reviendrait prendre sa place à la ferme. Cinq ans durant, le Vieux avait cessé d’aller à l’école pour seconder sa mère dans les travaux agricoles. C’était à cette époque qu’il avait conçu cette amertume farouche qui allait lui tenir lieu de tempérament toute sa vie.
L’enfant libre et rieur, avide d’apprendre, avait été fauché en plein élan par des événements extérieurs qui avaient décidé pour lui. Il avait alors pris cette décision qui orienterait le reste de son existence : jamais plus, il ne laisserait les événements déterminer ce qui lui arrivait. Pour cela, il établirait un plan précis et immuable et l’appliquerait très précisément. Ainsi, l’inattendu resterait pour toujours cantonné à l’extérieur de sa vie.
Opiniâtrement, le Vieux avait grandi, suivi les études nécessaires pour devenir ingénieur, s’était marié, avait eu deux enfants, avait travaillé, économisé, fait construire sa maison puis pris sa retraite, toujours comme prévu. Les grains de sable n’étaient que des grains de sable, il les avait écartés avec dédain. Et plus les choses se déroulaient en suivant ses plans, plus grandissait en lui la conviction que sa méthode était la bonne et, corollaire, que ceux qui ne l’appliquaient pas n’étaient que des fous qui laissaient la Vie décider pour eux.
La maladie lui avait infligé un terrible démenti, une humiliation d’autant plus cuisante qu’elle arrivait après cinquante ans d’obéissance scrupuleuse à ses indications. Son cœur s’était rempli de rancune et d’incompréhension. Et de tyrannique qu’il avait toujours été, le Vieux était devenu dur et revanchard.
Le Vieux n’était qu’un petit garçon malheureux qui avait décidé de conduire son destin, et qui se révoltait de toutes ses maigres forces contre la paire de claques que la Vie lui avait assénée.

lundi 26 mai 2014

La cage d'escalier du 50




Voilà… quatre ans que je termine les récits que je commence… avec toujours l’idée, l’espoir, qu’un jour, ils seront publiés.

Du travail, mais surtout du plaisir à écrire, raconter, inventer, imaginer…

Et aujourd’hui, récompense, mon premier recueil est publié, public, à la disposition de tous, ça fait tout drôle, mais c’est une grande satisfaction d’avoir atteint mon objectif.

La cage d’escalier du 50, ce sont des nouvelles indépendantes, des histoires de vie, des portraits de gens comme je les aime, imprévisibles, multifacette, heureux et malheureux, déterminés et résignés… de vrais gens tels que je les vois.

Je vous invite à les découvrir, à faire connaissance avec Gaëlle et Pierre, Charlotte et Odile, Mathilde et Louis, et les autres, ils sont ici http://www.edilivre.com/recueil-la-cage-d-escalier-du-50-1e8d260d18.html.

J’espère que vous les aimerez autant que moi !

mardi 29 avril 2014

Le parfum des jours heureux



L’odeur grasse de l’herbe détrempée par la nuit, l’air saturé de brume.

Le miel acidulé des fleurs d’acacia qui réveille un souvenir de friture et de rires d’enfants.

Le parfum puissant et têtu de la résine, un grand cèdre abattu.

L’âcre effluve d’humus et de champignons.

Le goût de roui de l’eau d’étang que l’on s’efforce en vain de ne pas trop avaler.

L’écho lointain de la cloche du déjeuner que l’on pouvait feindre de ne pas avoir entendue.

L’haleine piquante des fourmilières géantes au sommet desquelles on pouvait déposer des cadavres de rongeurs pour récupérer, quelques jours plus tard, des squelettes parfaitement nettoyés.

La poussière desséchée des chemins de calcaire.

La chaleur abrutissante d’un mois d’août révolu.

Le ronflement inquiétant d’un essaim d’abeilles en quête d’un abri pour la nuit, ou d’un nouveau départ.

L’effrayante déflagration de la débâcle à la fin de l’hiver.

Le brame en septembre, les bois qui s’entrechoquent et résonnent longuement à travers la forêt.

Les sens aux aguets, par habitude, la crainte permanente de l’incendie.

Le bois trop jeune, qui peine à s’enflammer dans la cheminée et dont les larmes grésillent sur les braises.

Le chêne bien sec qui réchauffe longtemps, durcit les chaussures de cuir et les gants incrustés de terre sableuse.

Les branches de bouleau, leur lumière aussi joyeuse qu’éphémère autour du foyer.

Les feuilles de bouleau à l’automne, qui mystifient cent fois les chercheurs de girolles.

Un papillon mauve. Un papillon jaune. Un papillon brun. Les papillons sont les âmes des morts qui reviennent partager un instant avec leurs anciens compagnons.

mardi 4 mars 2014

Crise de manque



Moi qui pensais t’avoir laissé derrière moi, me secouant pour détacher les derniers lambeaux de ton souvenir accrochés à mes épaules, moi qui me croyais plus forte que la déception, qui rêvais d’exister sans ta peau… je me trompais un peu.

Dans les cieux ternes qui succèdent aux nuages gris de cet interminable hiver, dans l’écume des vagues qui vient détremper le sable givré, dans les pierres incolores de ce mur écroulé, je ne vois que ton regard.

La pluie froide qui dégoutte des arbres dépouillés et roule sur ma nuque frissonnante m’évoque encore la fraîcheur de tes mains.

Le murmure pathétique de la bise qui se faufile dans le moindre interstice me parle avec ta voix.

Je croyais t’oublier, il ne me reste que la lourdeur des nuits sans toi, le vide de ton absence, le silence écrasant.

À tout prendre, à tout perdre, j’aurais mieux fait de tout garder, les perles tièdes de ton rire, les paillettes d’or de tes prunelles, la force de tes bras, l’odeur de ta peau nue, la chaleur, la douceur, la tendresse.

J’ai manqué de discernement.

mardi 25 février 2014

Dyia



Dyia avance d’un pas décidé, espérant que cela lui donnera un but. Il déteste tellement errer, avoir l’air perdu, qu’il marche comme s’il savait où il va. Son regard vrillé au sol ne fait qu’apercevoir les inégalités du trottoir. Il se revoit, enfant, la main dans celle de sa mère, sautant entre les lignes tracées dans le béton. Ce matin, il se moque bien des lignes, en écrase certaines, en dépasse d’autres, quelle importance ? Sa mère, sa propre mère, visage fermé, n’a même pas levé les yeux sur lui lorsque son père, d’une voix glaciale, l’a congédié, lui montrant la porte d’un doigt comminatoire.
C’était hier soir. Et Dyia, la lumière, la clarté, s’est perdu dans la nuit froide de novembre. Il avait à peine eu le temps de mettre quelques affaires dans son sac à dos, d’attraper une veste, pas assez chaude pour la saison, pas assez imperméable pour la pluie triste qui l’a enveloppé aussitôt. Sa chemise froissée est encore humide de la nuit mal abritée qui l’a jeté sous un abribus, perdu et amer. Somnolent par moments, il a regardé passer les rares voitures, certaines baissant leurs phares pour ne pas l’éblouir, la plupart l’éclaboussant de l’eau sale du caniveau. C’est long, une nuit, en novembre, sous la pluie. S’il n’avait pas eu son iPod et ses écouteurs, Dyia se serait senti encore plus misérable. Il a écouté en boucle Formidable, se reconnaissant dans chaque phrase, à chaque mot, faisant sienne cette déchirure désespérante de la perte.
Dyia n’a pas encore 20 ans, mais il sait déjà tant de choses… il sait à quoi ressemble l’enfance choyée d’un petit garçon marocain élevé en France, par des parents vertueux, aimants et justes. Peut-être pas si vertueux ni si justes, à la réflexion. Il sait comment honorer les anciens. Il sait demander conseil à son père avant de prendre des décisions importantes. À présent, il sait qu’il va devoir apprendre à le faire seul. Il sait aimer. Il sait aussi l’humiliation, la peine indicible de ne plus être aimé.
Dyia commence à comprendre qu’il a eu tort de croire que ses parents l’aimeraient quoi qu’il fasse. Lorsqu’il a raté son bac, pourtant, ils l’ont accompagné, soutenu, guidé  pour trouver une voie professionnelle qui lui conviendrait. Ils étaient déçus, bien sûr, mais ils avaient à cœur de l’aider à faire le meilleur choix, pour lui. Alors hier soir, un peu tremblant malgré tout, c’est tout de même avec confiance qu’il leur a annoncé ce qui comptait le plus pour lui, son amour. Son amour fou, démesuré, pour un homme.
Il n’aurait pas dû. Évidemment, il n’aurait jamais dû. Sa naïveté le surprend, se mue en cynisme. Il n’y a pas eu d’explication. Il n’a pas eu le temps de leur raconter la rencontre avec Julien, la lumière, la magie, les étoiles, la douceur, la tendresse, la certitude. Belle certitude ! Son père lui a montré la porte, sa mère a retenu ses larmes, et Dyia s’est retrouvé dehors, comme un chaton abandonné sur la route des vacances. Mais il se croyait encore riche, de cet amour, de cette chance incroyable, de la présence de Julien.
Alors il l’a appelé. Il pensait, il était certain de pouvoir le rejoindre, dormir avec lui, partager son quotidien, s’engager, vraiment. C’était une belle transition malgré la violence de son départ du foyer familial. Mais Julien a refusé. Pire, Julien lui a dit qu’il ne souhaitait pas s’engager, qu’il préférait que leur histoire s’arrête là. Formidable.
Voilà pourquoi ce matin, transi, malheureux, Dyia avance d’un pas déterminé, comme s’il avait un but, son sac à dos bien léger sur ses épaules. En remontant le col froissé de sa chemise pour essayer de se protéger du vent, Dyia essaie de se convaincre qu’il a la vie devant lui, une page blanche qu’il lui appartient de remplir de joies, de plaisirs, de réussites. Il a encore un peu de mal à y croire.

dimanche 9 février 2014

Le mutisme, maltraitance ordinaire

Ne rien dire, ne rien faire lorsqu'un enfant a été maltraité, battu, abusé, parce que l'on n'est sûr de rien, parce qu'on juge que s'il se passait vraiment quelque chose, un plus proche, plus concerné parlerait, parce qu'on ne veut pas se mettre à dos cette famille, parce que le présumé prédateur, abuseur, maltraitant est quelqu'un de sympa, qui nous rend service, que sais-je ? Il y a toujours une bonne raison de se taire. 

Ne rien dire, ne rien faire, cela a des conséquences désastreuses et étendues.

La mère qui ferme les yeux, préférant ignorer ce que son grand fils fait à sa petite sœur là-haut, dans sa chambre.

Le frère, qui refuse tout bonnement de croire sa sœur lorsqu'elle lui raconte ce que leur père lui fait subir.

La voisine, qui supporte les bleus aperçus sur tout le corps de la gamine d'à côté.

La mère, encore, qui hausse les épaules, sans surprise ni indignation, lorsque sa fille lui dit, comme on avoue, ce que lui a imposé un vieil oncle, des années avant sa mort.

Le cousin, la copine de fac, l'avocat, la psychologue...

Savez-vous quel message on envoie à ces enfants en ne disant rien ?

C'EST NORMAL

"Qui ne dit rien consent." Lorsqu'un enfant est maltraité, qui ne dit rien valide, approuve, accepte.
Et l'enfant, même s'il se révolte ou se rebelle, au fond, tout au fond de lui, il enregistre que c'est normal.

Alors voilà : en nous taisant, nous autorisons de nouveaux pédophiles à grandir, permettons à de nouvelles victimes de se jeter dans les griffes de leurs prédateurs, à de nouveaux adultes de maltraiter de plus faibles qu'eux, à de nouvelles personnes de se laisser maltraiter.

Ne rien dire, c'est grave, c'est criminel. Il y a toujours quelque chose à faire. Personne ne mérite d'être maltraité, battu, abusé sexuellement. 

Il faudrait arrêter de faire croire aux victimes que ce qu'elles subissent est normal et qu'elles en verront d'autres.

Il faudrait leur donner l'espoir, justement, de ne jamais en voir d'autres.